L’arbitrage fout la merde
Le ver était dans la pomme. C’est ce qui a pourri le jeu de rôle sur table et, en même temps, ce qui en a fait sa force.
Il y a une différence fondamentale entre ce jeu et les autres, une toute petite règle qui change tout : la règle qui fait d’un des joueurs l’arbitre. Tu sais, celui qu’on appelle le meneur de jeu. Il n’y a pas d’arbitre quand tu joues aux échecs ou aux cartes, sauf en tournoi, et c’est quelqu’un de formé, pas le premier venu.
Quand tu joues à un jeu et que deux joueurs ne s’entendent pas sur un point de règle, on fait une pause. On relit les règles et on tranche, pas toujours dans le calme. Sinon le jeu s’arrête.
En jeu de rôle, on se tourne vers l’arbitre, puisqu’il est à la table, et on lui demande de trancher. Et il fait de son mieux. S’il fait une pause pour consulter les règles, il risque de perdre l’attention des joueurs et la confiance qu’ils ont en son impartialité. Il risque aussi de casser le bleed.
Les conséquences sont terribles. Imagine la même chose aux échecs, qu’il faille trois joueurs pour jouer : un joueur blanc, un joueur noir et un arbitre. En cas de doute, le réflexe naturel est de se tourner vers l’arbitre. On fait tous ça. Quand l’arbitre est là, on a tendance à le solliciter en permanence. Quand il est loin, on hésite à l’appeler.
Imagine. Vous jouez aux échecs à trois. Vous découvrez tous les trois le jeu et tu poses une question naïve à l’arbitre :
“Oui, mais si la reine noire est secrètement amoureuse du roi blanc, elle va pas le trahir, si ?”
Il fait une pause, relit les règles et te répond :
“T’as pas le droit, c’est pas écrit dans les règles.”
Imagine la même chose en jeu de rôle. Est-ce qu’il y avait des règles de séduction dans Dungeons & Dragons ? Non. Comment a réagi l’arbitre ? Il a peut-être répondu :
“T’as pas le droit, c’est pas écrit dans les règles.”
Il a peut-être aussi créé un précédent. La fameuse “règle d’or” qui veut qu’en jeu de rôle l’arbitre puisse modifier les règles. Et à partir de ça, c’est le bordel. Il n’y a plus une seule façon de jouer à Dungeons & Dragons, mais autant que de tables. Imagine ça aux échecs, que chaque table joue avec ses règles.
Du coup, s’il y a autant de façons de jouer à Dungeons & Dragons que de tables, chacun a le droit d’écrire ses règles à lui et de faire son propre jeu de rôle. C’est là où on en est aujourd’hui…